L’appel salin
janvier 6, 2009
Une bouée à la surface d’un immense océan. Une toute petite bouée bicolore peinturlurée de vert et de bleu qui va de ci de là au gré des courants. La distance n’y change rien. Point de lavis bleu azur délicatement appliqué des miniatures iconiques cachés dans les grottes du littoral. A la place, une épaisse mixture comme la poix utilisée pour le calfeutrage des quilles des navires. Maculé, l’eau saumâtre et les algues ont teinté de vert ce nodule strié de bleu de siam et de rouge vénitien. Couleurs chatoyantes pour des rencontres nocturnes furtives avec des seigneurs de la côte. Cette côte pour seul horizon. Les bouées ayant rompu leurs attaches ne regardent pas vers le large, mais bien vers cette côte ocre aux senteurs boisées de terres humides. Une bouée virevolte et tournoie en une sarabande saline, espérant secrètement qu’une main calleuse la saisisse pour la restituer à ce monde qui l’a façonnait de ces mains. Le monde des hommes. Ligoté, elle constitue bientôt la tête de pont d’un filin, d’une frontière liquide. Déréliction humaine que de vouloir étendre son emprise sur le grand agité. Masque de celui qui ne veut pas se figer.
Ce glacis liquide, conquête de l’homme n’en marque pas moins le renoncement de notre petite bouée à l’appel du large. Les remugles océaniques du grand agité grondant et rugissant d’un parallèle à l’autre heurtent à longueur de temps ces flancs bosselés et ventrus. La longe la retient à ces semblables. Ce mouvement subi pourrait être dépeint sous la plume de quelques aèdes naturalistes par un renoncement stoîque. Dans la fraicheur d’un matin calme, les flancs luisants, le lourd et pesant vaisseau de guerre se profile. Lles gueules béantes de ces craches feu écrasent les flots comme Héphaistos martele le fer sous le Mont Olympus. D’une saillie, le nodule est libéré de sa longe et dérive à présent sur le grand agité, essuyant ces humeurs. Contre, tout contre.